Nevado de Toluca


Plus nous avançons vers le sud, plus il y a de villes et villages partout. Il est de plus en plus difficile de trouver un endroit où planter la tente incognito. Finit la vie sauvage où, au Canada, aux Etats-Unis et en Baja California, nous n’avions qu’à nous arrêter une fois fatigué et planter la tente non loin de la route. Les seuls endroits sans maison sont des champs, la plupart du temps de maïs. Nous devons planifier de soit dormir à l’hôtel ou de demander l’hospitalité. Le budget en prend un coup, nous qui pensions économiser au Mexique.

Nous voyons de plus en plus de mexicains avec la peau foncée et portant des habits traditionnels. Cela nous indique que nous approchons du Chiapas et du Guatemala, même s’il nous reste encore beaucoup de kilomètres avant d’y arriver.

Pour nous, rencontrer des familles est une priorité, autant pour que Kayla puisse côtoyer d’autres enfants que pour voir leur façon de vivre. Et pour ça nous n’hésitons pas à faire quelques détours.

Une famille Warmshower nous attend à Toluca. Nous devons cependant traverser entièrement la ville pour nous y rendre. Pédaler dans des grandes villes n’est pas trop ce que l’on préfère. On se fait remarquer en pleine heure de pointe et trouver le bon chemin n’est pas des plus faciles. Cependant les gens sont très gentils et nous aident ; une dame va même jusqu’à nous donner de la monnaie pour que l’on puisse acheter une bouteille d’eau.

À peine arrivé chez nos hôtes, Guillermo, nous met en contact avec un de ses amis, Jorge, qui connait très bien le volcan Nevado de Toluca que nous souhaitons grimper en vélo. La montagne ça le connait, il a été au sommet de l’Everest et de presque tous les plus hauts sommets du monde. Il nous informe des endroits où nous pourrons camper, où trouver de l’eau et d’autres détails plus techniques. Nous apprenons que Jorge fait partie d’un groupe d’aventurier de toute sorte. Il nous invite à faire notre première conférence le soir même. Nous nous dépêchons de trouver des photos intéressantes et illustrant bien notre voyage. Karl fera la conférence pendant plus d’une heure. Pour une première conférence et en espagnol, Karl s’est bien débrouillé.

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Pour nous remercier, il nous invite à manger de délicieux tacos de viande après la conférence et sympathisons du même coup avec un autre Jorge qui était présent ce soir là.

La générosité de Jorge ne s’arrêtera pas là. Le lendemain, il nous amène en ville pour trouver et acheter une cassette de vélo bien spécifique que l’on cherche depuis un petit moment. Trouver de bonnes pièces de vélo au Mexique relève de l’exploit. En plus de nous aider à dénicher la pièce et d’avoir payé la moitié de celle-ci, il nous amène jusqu’à mi-chemin du volcan pour voir où l’on pourra camper et constater l’état de la route.

Ana, la fille de Guillermo et de Janelle, fréquente une école Piaget, une institution avec une pédagogie proche des besoins de l’enfant. Janelle discute avec la directrice qui serait bien intéressée à ce que l’on fasse une conférence pour les enfants de son école.

Cette fois la conférence est assez différente et nous devons choisir des photos en conséquence. C’est très drôle de voir la réaction des enfants devant des photos d’ours ou de bisons.

Nous sommes fin prêt pour l’ascension du volcan qui culmine à 4200m d’altitude. Il ne nous reste plus qu’à attendre le bon moment. En effet, la météo à cette altitude est des plus incertaine. Cela fait plusieurs semaines qu’il pleut presque tous les jours. Par contre les prévisions météo pour la semaine qui vient nous laissent espérer 3 jours de beau temps. Après une semaine passée à Toluca c’est le moment de partir. Comme d’habitude nous n’avons pas assez de mots pour remercier nos hôtes.

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Jorge venu nous dire au revoir avec sa petite famille nous suit en voiture, de cette façon nous pouvons sortir de la ville en toute sécurité. Merci encore de toute votre générosité Jorge, Guillermo et Janelle, on espère vous revoir un jour.

Nous prévoyons 3 jours pour arriver au sommet en vélo, avec tout notre attirail l’ascension devrait être assez lente. Nous ne gravirons pas plus de 500 m de dénivelé par jour afin de bien nous acclimater à l’altitude et de ne pas souffrir du mal des montagnes.

La première journée commence sur du plat pendant une quinzaine de kilomètres, puis la route s’incline gentiment et nous commençons à prendre de l’altitude mais sans trop de difficulté. A la pause du midi nous nous apercevons que nous avons oublié nos vestes polaires chez nos hôtes. Ce n’est vraiment pas le moment car les prochaines nuits devraient être assez froides. Nous appelons Guillermo qui viendra nous les apporter. En fin de journée la pluie commence à tomber et nous devons trouver un endroit où planter la tente. Jorge nous avait indiqué un terrain à côté d’une maison où nous pourrions demander pour camper. Malheureusement il n’y a personne. Nous essayons donc une autre maison et nous demandons à un monsieur si nous pouvons planter la tente sur son terrain, ce qu’il accepte. Il nous offre même de dormir sous un abri. Quelques instants plus tard, une jeune femme, nous demande si on veut des fruits, du café, des tacos et une part de gâteau. On se régale des restes de leur repas de famille. En effet, le dimanche au Mexique, la plupart des familles se réunissent pour manger ensemble un grand repas vers le milieu de l’après midi.

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Nous sommes bien contents d’avoir eu un toit par dessus notre tente car il a plu toute la nuit. Nous sommes à 3200 m d’altitude et malgré cela nous avons très bien dormi et sommes prêts pour affronter un autre 500 m de dénivelé. La deuxième journée la route est de plus en plus inclinée. Le ciel est dégagé et nous avons une vue sur le volcan toute la journée. Il se trouve dans un parc national et quelques kilomètres avant l’entrée du parc nous bifurquons sur un chemin de terre qui nous mènera jusqu’au sommet.

A l’entrée principale du parc qui se trouve à plus de 3700 m d’altitude, il est temps de s’arrêter. Nous plantons la tente sur l’aire de piquenique non loin de la guérite. Nous y passons une nuit mouvementée. L’un des effets du mal des montagnes, hormis le mal de tête, est l’insomnie. C’est ce qui nous est arrivé à tous les trois cette nuit. Nous qui voulions partir tôt pour la dernière journée d’ascension, nous nous réveillons tard. Inquiet, le monsieur du parc vient nous voir pour être sur que tout va bien. Nous lui expliquons que nous avons mal dormi et que Marie a eu mal à la tête toute la nuit.

Le ciel est clair ce matin, un temps idéal pour aller au sommet. Nous nous dépêchons de manger et de tout remballer. Lorsque nous sommes prêts à enfourcher nos vélos nous voyons arriver Jorge (le deuxième Jorge que nous avions rencontré lors de notre première conférence). Il se doutait que nous achèverions notre ascension aujourd’hui et est venu avec son vélo pour nous accompagner jusqu’au cratère.

Nous voilà donc partis tous les quatre sur la piste nous menant à ce qui sera notre plus haut point atteint en vélo jusqu’à présent. Nous sommes agréablement surpris de voir que la piste est relativement en bon état, pentue mais pas assez pour nous faire descendre de vélo et pousser. Après quelques kilomètres, Jorge a bien envie d’essayer un vélo chargé. Étant de la même taille que Mary il lui échange contre le sien. Mary se sent toute légère et avance plus rapidement. Jorge semble apprécier et continue comme ça un bon moment.

Après 4000 m d’altitude, la végétation disparait et le volcan réapparait.

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Nous mangeons à environ 4100 m et commençons à souffrir de plus en plus du mal des montagnes. Nous avons un mal de tête lancinant et Kayla semble essoufflée. Les derniers kilomètres seront un peu plus durs surtout pour Mary qui a repris son vélo et pour qui le mal de tête s’aggrave rapidement. Nos efforts sont récompensés en arrivant à l’intérieur du cratère du Volcan à 4200 m d’altitude.

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Nous laissons nos vélos sur le bord du cratère et marchons jusqu’à l’intérieur ce qui nous demande un certain effort. Nous voulions camper aux alentours de 4000 m d’altitude mais le mal des montagnes est le plus fort et décidons d’être prudent et redescendons à 3700 m, là où nous avons dormi la nuit dernière. Nous avons juste le temps de dire au revoir à Jorge, et de planter la tente avant que la nuit tombe. Nous mangeons et allons-nous coucher, fatigués mais pas peu fier de ce que nous venons d’accomplir. Tous nos symptômes ont disparu et la nuit sera meilleure que la précédente.

La prochaine ville où nous prévoyons dormir se trouve 2000 m d’altitude plus bas que notre campement. Nous avons hâte d’entamer la descente. Par contre avant cela il va falloir encore monter un petit peu. 3 km de côtes assez raides par endroit. Mary a dû plusieurs fois laisser son vélo pour aider Karl en poussant la remorque. Nous mettons un temps fou pour faire ces premiers kilomètres mais une fois la descente commencée notre rythme accélère malgré le mauvais état de la piste. Parfois des glissements de terrains empêchent toute circulation automobile, nous arrivons à passer quand même en poussant les vélos par dessus les monticules de terres. Après une vingtaine de kilomètres nous rejoignons la route goudronnée. Cette fois plus rien ne nous freine et nous filons à vive allure. A cette vitesse nous n’avons pas envie de nous arrêter et la pause pour le lunch sera tardive. Nous finissons quand même la journée par une bonne montée que nous n’attendions pas et qui nous fera arriver plus tard que prévu à Ixtapan de la Sal où nous restons 2 nuits pour nous reposer.

10 Réponses à Nevado de Toluca

  1. Stephane dit :

    Je tiens a vous remercier pour les détails de votre aventure. Je peux ressentir tous les efforts que vous avez mis pour atteindre le sommet et voir ce volcan. Un gros bravo a votre belle famille, et encore une fois merci de nous faire partager ces beaux moments !
    Amitiés,
    Stéphane

    • enfant-a-bord dit :

      Merci à toi de prendre le temps de nous écrire. Ca nous fait toujours autant plaisir de vous lire. En partageant avec vous notre aventure, cela nous permet de mettre des mots sur ce que l’on a vécu et de le voir sous une nouvelle perceptive.

  2. Sylvain dit :

    Félicitations pour cette ascension! Chargé comme vous l’êtes, c’est un exploit mais ça semble avoir value la peine. 🙂

  3. Priscillia dit :

    Bravo à vous 3 ! La famille est fière de vous 🙂 On vous brasse !

  4. Anne Toury dit :

    Oh oui, tout est possible. Je vous rattrape aujourd’hui (par mail) sur votre voyage… J’ai donc peu suivi les débuts mais désormais je lirai tout. C’est super chouette. Rien ne vaut les voyages,… à vélo !!!! Votre problème par rapport à l’altitude m’a coupé le souffle, rien qu’en lisant. Que de souvenirs. Je ne vous lâche plus. Belle continuation, donc. Et à votre prochain article.

  5. BALTZER Christiane dit :

    Quel plaisir de lire vos comptes-rendus détaillés! Nous aimons suivre votre périple et vous remercions de prendre le temps de rédiger ces chapitres de votre aventure.

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