Le meilleur et le pire


Nous pouvons résumer notre traversée du Nord de la Colombie Britannique en deux grandes étapes. La première de Watson Lake à Fort Nelson où la nature nous a offert ce qu’elle a de plus beau, la deuxième partie, de Fort Nelson à Dawson Creek, où la nature subit les assauts de l’homme.

Commençons par le meilleur.

Nous quittons nos hôtes de Watson Lake pour environ 500 km jusqu’à la prochaine ville. Il n’y a aucune épicerie en chemin, ça sera sûrement la plus grande distance sans ravitaillement de tout notre voyage (enfin nous l’espérons). Nous achetons avant de partir pour 11 jours de nourriture, nos sacoches débordent et nous mettons le surplus dans des sacs plastique. Jamais nos vélos n’ont été aussi lourds.
Quelques kilomètres après la sortie de la ville nous quittons le territoire du Yukon pour la province de la Colombie Britannique

Depuis plusieurs semaines les voyageurs que nous croisons en sens inverse nous le disent, après Watson Lake vous allez voir beaucoup plus d’animaux sauvages. On peut dire qu’ils ne nous ont pas menti. Au bout d’à peine 10 km nous voyons déjà un ours sur le côté de la route, puis rapidement un deuxième. Nous verrons ce jour-là pas moins de 9 ours sans compter les bébés. Ce seront tous des ours noirs. Ils sont habitués à voir passer du monde et ne sont pas très stressés à notre passage. Ils s’arrêtent de manger une seconde pour nous examiner puis reprennent leur activité favorite. La plupart du temps nous faisons du bruit quand nous en voyons un pour ne pas le surprendre et éviter de lui faire peur, ce qui pourrait être dangereux pour nous. Mais parfois nous ne les voyons pas à l’avance et sommes dû pour une bonne frousse lorsque nous en surprenons un derrière un buisson à 2 mètres de nous.

Ours noir

Ours noir

Les ours ne sont pas les seuls animaux que nous voyons le long de la route. Nous commençons à voir des bisons aussi. Ces animaux sont si imposants que lorsque nous croisons le premier nous ne sommes pas rassurés. Il nous regarde de loin la tête baissée, nous ne savons pas comment il va réagir. Va-t’il charger ou s’enfuir à notre approche? Nous nous arrêtons à bonne distance et faisons comme lui, nous le regardons sans bouger. Nous restons là un bon moment sans savoir quoi faire. Une voiture, comprenant notre problème, finira par s’arrêter devant le bison pour nous permettre de passer sans crainte. Le mastodonte nous regarde sans réagir. Il n’avait finalement pas l’air si méchant. Pour les suivants, nous passerons sans nous arrêter mais juste en changeant de voie pour ne pas être trop proche. A chaque fois leur réaction sera la même, c’est à dire pas grand chose. Tout comme les ours ce ne sont pas des animaux très stressés. Nous verrons ce jour là pas moins de 7 bisons marchant tranquillement le long de la route.

Bison près de Coal river.

Bison près de Coal river.

Avec tous ces ours dans les environs nous préférons demander aux propriétaires d’une station service si nous pouvons planter notre tente à côté, ça ne changera sûrement rien si un ours se pointe mais au moins ça nous rassure un peu.

Le lendemain nous voyons trois espèces d’ours différentes, encore plusieurs ours noirs, un grizzli, le premier depuis notre départ, et deux ours brun à tête noir. Ces derniers semblent être un mélange entre les deux précédents, bien que grizzlis et ours noir ne se fréquentent pas trop. Nous verrons aussi quelques bisons mais beaucoup moins comparé au lendemain où cette fois c’est un troupeau d’une soixantaine de bêtes qui broute tranquillement au bord de la route. Tout le monde s’arrête pour prendre des photos, nous en faisons de même. Nous voyons encore quelques ours mais moins que les deux jours précédents. Nous arrivons pour le lunch dans une station service qui fait aussi camping, nous y rencontrons un autre cyclo qui nous annonce que nous avons beaucoup de montées à venir. Nous sommes déjà fatigués et n’avons vraiment pas envie de grimper aujourd’hui. Nous restons donc au camping et en profitons pour prendre une bonne douche.

Le réveil du lendemain est un peu brusque. Nous entendons tout près de la tente une respiration et un bruit d’herbe arrachée suivi d’un grognement. Nous pensons tout de suite à un ours. Mais en regardant par la fenêtre nous sommes à moitié rassurés en voyant les pattes d’un bison contourner la tente à moins d’un mètre. Nous nous dépêchons de sortir de peur d’être piétiné et voyons une vingtaine d’autres bisons autour de nous. Quel beau spectacle la nature nous offre ce matin, surtout pour Kayla qui cette fois peut les voir de l’extérieur de sa remorque. Elle nous les pointe du doigt avec un grand sourire en faisant des « wouwou », pour elle tous les animaux font le même bruit.
Le soir même, après avoir croisé encore quelques bisons en chemin, nous arrivons à Liard Hot Springs, une destination que nous attendions depuis longtemps. Nous resterons le lendemain pour profiter des sources d’eau chaude. Mais pour le moment on se dépêche de monter la tente avant que les gros nuages noirs qui nous suivent depuis un moment déversent leur tonnes de pluie sur le camping. Une fois l’averse passée, nous rencontrons Marc et Carina, un couple belge voyageant depuis deux ans et demie. Ils ont commencé en vélo mais des ennuis de santé les ont obligés à continuer en moto. Nous passons une agréable soirée en leur compagnie, et leur faisons nos adieux le lendemain matin après le petit déjeuner.

Marc et Carina voyageant en moto.

Marc et Carina voyageant à moto.

Nous nous dirigeons ensuite vers les fameuses sources qui se trouvent de l’autre côté de la route à 5 minutes de marche par un petit chemin aménagé. Ce sont des sources naturelles d’où jaillit une eau à plus de quarante degrés. Proche de la source. l’eau est tellement chaude qu’il est impossible d’y rester bien longtemps. Il suffit de nous en éloigner de quelques mètres pour pouvoir en profiter pleinement. Kayla, qui jusque là n’a pas eu souvent l’occasion de se baigner, apprécie autant que nous ce petit coin de paradis, d’autant plus qu’il n’y a pas grand monde. Nous rentrons au camping pour le lunch et pour une petite sieste puis repartons nous baigner le reste de l’après midi. La journée aura été vraiment agréable et reposante.

Nous reprenons la route le lendemain matin. Quelques minutes après être parti, nous rencontrons Ron, un américain du Colorado qui voyage aussi à vélo. Nous le reverrons plusieurs fois dans la journée et ferons un petit bout de chemin ensemble. Il y a beaucoup moins d’animaux sauvages sur cette partie là de la route, nous voyons seulement un bison et un ours. On s’était presque habitué à en voir en quantité… Le paysage change aussi d’un coup, nous entrons dans les Rocheuses, nous sommes entourés de montagnes, c’est magnifique. Le soir nous trouvons un emplacement de camping au bord d’un lac et avons droit à un coucher de soleil splendide.
Depuis quelques semaines nous avons droit à quelques heures d’obscurité pendant la nuit, ce qui est nouveau pour nous après 3 mois de clarté non stop jour et nuit.

McDonald campground Muncho Lake Provincial park

Muncho Lake provincial park

Le lendemain matin nous partons assez tôt, à 9h30, ce qui n’est pas coutumier pour nous qui avons plus l’habitude de monter sur les vélos entre 10h et 11h. Nous serons récompensés par la rencontre de notre première chèvre des montagnes qui elle non plus n’est pas très farouche et fera peu de cas de nous. La route se met déjà à grimper, nous n’attendions pas de col avant le lendemain où nous savons qu’il faudra grimper jusqu’à presque 1300m d’altitude. Mais pour le moment nous passons quand même à 1100m et redescendons presque tout de l’autre côté. Le paysage est encore magnifique entre la rivière couleur turquoise que nous suivons, les montagnes et le soleil. Encore une belle journée vient de s’écouler.

A notre réveil le beau temps et la chaleur sont déjà au rendez vous. Nous commençons notre journée d’ascension dès le début. Les montées s’enchaînent, interrompues par quelques descentes. Après notre repas du midi, que nous prenons à 18km du sommet, finis les descentes. Il s’agit d’une vraie ascension avec des passages à 9%. Dix kilomètres plus loin nous faisons une pause et dégustons une crème glacée bien méritée dans une station service. Nous y faisons la connaissance de Paddy et Ian, un couple de Fort St John. Paddy deviendra très vite la meilleure amie du moment de Kayla après lui avoir offert une banane. Offrez lui à manger et Kayla vous adorera automatiquement… Nous continuons notre chemin vers Summit Lake, le sommet, et voyons encore plusieurs chèvres des montagnes, qui sont l’équivalent des mouflons en France. Nous arrivons enfin au sommet, fatigués mais heureux de voir un si beau paysage. Nous y passerons la nuit et retrouvons Paddy et Ian qui nous invitent pour le souper.

Summit Lake

Summit Lake

Nous reprenons la route pour une longue journée qui commence par 20km de descente à vive allure mais seront surpris en fin de journée par une troisième ascension qui nous ramènera une nouvelle fois à plus de 1000m d’altitude. Trois cols en trois jours, nos jambes commencent à fatiguer. On cherche un endroit où planter notre tente au sommet mais la présence de crotte d’ours nous en dissuadera. Nous avons bien fait car non loin de là dans la descente nous voyons un ours. Nous n’arrivons toujours pas à trouver un bon endroit où dormir et continuons donc la descente, qui est parsemée de montées. Nos jambes sont mises à rude épreuve mais nous avons quand même la chance de voir un original en chemin. Il commence à se faire tard, nous nous arrêtons au bord de la route pour souper et repartons à la recherche d’un emplacement convenable. Nous croisons peu de temps après deux cyclistes tchèques ayant commencés leur voyage en Argentine, on discute un moment et repartons. On arrive à une intersection avec un panneau indiquant une rampe de mise à l’eau pour bateau. La piste doit donc déboucher sur une rivière, un endroit idéal pour camper. Nous décidons d’aller voir mais après presque 3km sur cette piste infectée de moustiques et ne voyant toujours pas de rivière nous faisons demi-tour. Nous dormirons finalement à l’intersection 3km plus haut, ce n’est pas l’endroit idéal mais le soleil commençant à se coucher nous n’avons pas le choix. Nous aurons pédalé plus de 5h et fait 88km. Toute une journée… Mais l’expérience de pédaler le soir fût bien agréable.

Moins de 12h après être arrivés nous sommes à nouveau sur les vélos pour une journée rapide qui nous mène à Fort Nelson. Nous aurons finalement fait les 500km depuis Watson Lake en 10 jours. A l’office de tourisme de Fort Nelson nous croisons de nouveau Ron qui vient nous voir pour offrir un petit cadeau à Kayla, charmante attention qu’elle appréciera beaucoup. Nous restons ici 2 jours pour refaire le plein d’énergie.

C’est en repartant de Fort Nelson que commence la deuxième partie de notre traversée du Nord de la Colombie Britannique, qui sera bien moins agréable que la première.

Le paysage change rapidement, finis les montagnes sublimes où nous roulions depuis plusieurs jours. Cela devient plus monotone, un peu vallonné, la route traversant surtout de la forêt assez dense où les endroits pour camper deviennent rares. Mais surtout où les torrents de montagne aux couleurs limpides font place à quelques cours d’eau de couleur noir pétrole où il nous est impossible de nous ravitailler. Même avec le filtre nous n’osons pas boire cette eau. Ce qui nous pose un problème car depuis quelques semaines il fait de plus en plus chaud. Le nord ouest du Canada connaît un été caniculaire, la température atteint tous les jours au moins 30 degrés. Il nous faut donc plus d’eau mais nous ne pouvons pas en transporter une quantité illimitée. En fin de journée du deuxième jour après Fort Nelson nous n’avons plus grand chose à boire, nous décidons de prendre notre repas du soir sur une petite aire de repos en se disant qu’une voiture finira bien par s’y arrêter. Nous avons à peine le temps de commencer à cuisiner qu’un gros camion tout terrain de voyageurs immatriculé en France s’arrête non loin de nous. On ne perd pas de temps pour aller les voir. C’est comme ça que nous faisons la connaissance de Fred et de son fils Baptiste. Ils traversent le Canada jusqu’à Anchorage en Alaska pour aller chercher le reste de la famille et continuent leur tour du monde commencé il y a 4 ans (www.martinautourdumonde.com). Ils voient sur leur GPS un chemin menant à une rivière non loin de nous, sûrement un bon endroit pour camper. Fred descend la moto accrochée à l’arrière du camion et va voir à quoi ça ressemble. Entre temps un cyclo allemand arrive, il fait aussi un tour du monde et se dirige aussi vers l’Amérique du Sud. On partage notre souper avec lui le temps que Fred revienne. Effectivement la rivière se trouve à 2km par un petit chemin praticable par nous tous. C’est ainsi qu’on se retrouve tous les six à camper ensemble le temps d’une nuit. Encore une fois le hasard a bien fait les choses.

Martin autour du monde

Martin autour du monde – Fred et Baptiste

Fred et Baptiste nous invitent à prendre le petit déjeuner le lendemain matin. A force de discuter nous prenons la route assez tard. Et c’est donc tard que nous nous arrêtons pour le lunch sur une aire de repos. Le hasard faisant encore bien les choses nous rencontrons un couple Franco québécois voyageant dans un petit camping car. Ils nous offrent aussi à manger et bien-sûr Kayla les adoptera très facilement. Nous repartons le ventre plein et nos bouteilles remplies d’eau froide, qui ne le sera plus au bout d’une demie heure tellement il fait chaud.

La chaleur ne nous aide pas, tout effort devient vite épuisant d’autant plus que le vent est presque inexistant. Nous profitons de l’air que nous procurent les descentes pour nous rafraîchir mais les montées suivantes sont harassantes. C’est justement en haut de l’une de celle-ci que nous nous arrêtons le jour suivant pour le lunch. Avant de repartir, Bob, un chauffeur de camion s’arrête à notre hauteur pour discuter. Il nous invite très vite à planter la tente, ce soir, à côté de sa caravane dans un camping où il passe plusieurs semaines pour son travail. Nous le retrouvons donc le soir même. Voyant sûrement notre état de fatigue, il nous propose de dormir dans un bon lit à l’intérieur de la caravane puis de rester le lendemain pour nous reposer.

Roulotte de Bob

La roulotte de Bob

Bob est l’un des nombreux chauffeurs de camion qu’il y a sur la route depuis deux jours. Cette région du nord de la Colombie-Britannique, entre Fort Nelson et Fort St John, est truffée de puits de pétrole et de gisement de gaz naturel. Ça apporte du travail très bien rémunéré à certains. Bob travaille entre 12 et 14 heures par jours, sept jours sur sept et gagne énormément d’argent pour ça. Mais malheureusement tout ça a un prix pour la nature qu’il n’est pas possible de chiffrer mais qui est très visible. La forêt est décimée, l’air est pollué, l’odeur est parfois forte et le soleil est constamment voilé par la poussière que soulèvent les camions. Et nous voyons seulement ce que nous pouvons voir de la route et n’osons pas imaginer ce qu’il doit en être plus loin à l’intérieur des terres.
Nous sommes les témoins directs que l’homme est près à tout pour quelques dollars.

Gisement de gas

Pas très invitant comme endroit.

La route étant très peu intéressante et le trafic terrible à cause des camions, notre moyenne journalière augmente considérablement. Nous faisons parfois plus de 80km par jour malgré la chaleur et les nombreuses côtes à gravir. Nous arrivons à Fort St John assez rapidement et rencontrons une nouvelles fois Patty et Ian qui vivent au camping. Nous discutons un moment avec Patty le lendemain avant de repartir pour Dawson Creek qui est seulement à 80km. C’est la première fois que deux villes sont aussi proches depuis le début de notre voyage, ça fait du bien de rouler léger. Malheureusement les camions sont encore présents en grand nombre et nous aurons droit à une belle frayeur lorsque l’un d’entre eux nous frôlera délibérément à quelques centimètres. La plupart des chauffeurs sont de bons conducteurs et si jusque là nous n’avons pas eu de problème cette fois nous avons eu très peur et sommes surtout écœurés de voir la stupidité de ce chauffeur qui aurait pu nous doubler normalement, surtout qu’il n’y avait personne sur la route. Ça fait malheureusement parti du voyage, on ne peut pas demander à tout le monde d’être intelligent…

C’est à Dawson Creek que prend fin l’Alaska Highway et notre itinéraire en Colombie-Britannique, l’Alberta n’est qu’à quelques kilomètres. Nous en profitons pour nous reposer avant de nouvelles aventures.

Mile 0 - Dawson creek

Mile 0 – Dawson creek

 

4 Réponses à Le meilleur et le pire

  1. Lise Cyrenne dit :

    je suis heureuse de voir que tout va bien pour vous trois. Je profite de cette tribune pour vous souhaiter de Joyeuses Fêtes .
    Je vous embrasse et attend la suite de votre aventure.

  2. Champagne Andrée dit :

    Bravo pour votre courage et encore bonne chance et passer de joyeuses Fêtes. Toujours très intéressant de vous lire.

  3. Nic et Ric dit :

    Bravo a vous trois. Et bravo a l’auteur! Nous sommes suspendus a vos levres, ai-je envie de dire! Je vous souhaite de rencontrer encore plein de gens gentils et courtois. Pas comme votre vilain trucker!
    Nous vous suivons pas a pas. Et dans 11jours, on aura droit a plein de bisous. J’ai bien hate

  4. Nic et Ric dit :

    Bravo a vous trois! Bravo a l’auteur! Encore 11jours et nous serons ensemble . J’ai bien hate

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