La première frontière


Nous arrivons a Fairbanks le 29 mai, jour de l’anniversaire de Marie. Nous fêtons ça au restaurant, nous avons envie de pizza mais faute de trouver une pizzeria proche du camping nous finissons dans un fast food, ce qui ressemble à un festin pour nous qui ne mangeons presque que des pâtes ou du riz tous les jours.
Fairbanks n’est pas une très grande ville bien que ce soit la deuxième plus grande d’Alaska avec environ 30 000 habitants. Nous visitons le centre communautaire qui regroupe plusieurs expositions dont une sur l’histoire des chiens de traîneau ainsi que sur la ruée vers l’or. C’est à partir d’ici que nous allons emprunter en sens inverse le chemin des pionniers qui ont fondé l’Alaska et le nord ouest du Canada, en espérant mettre la main sur un important gisement du précieux métal jaune. Certains réussirons et ferons fortune, d’autres y laisserons leur vie.
Nous allons aussi au parc Pionner qui est une reconstitution d’un village de l’époque de la ruée vers l’or. Kayla y trouvera des modules de jeux et y passera un long moment à se dégourdir les jambes. Nous passons le reste du temps à nous reposer au camping. C’est la première fois que nous voyons autant de monde dans un camping. Kayla se promène partout et on devient vite connue, on se fait souvent demander si c’est bien nous la famille qui voyage à vélo.

Après 4 jours c’est le temps de repartir, direction le sud. La prochaine épicerie est à 170 km, nous achetons pour 4 jours de nourriture. Peu après Fairbanks, nous arrivons à North Pole (Pôle Nord), qui est pour les américains le village officiel du Père Noel. Nous le rencontrons et Kayla refuse de s’en approcher et de se faire prendre en photo avec lui.

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Le reste de la route se fait assez rapidement et nous mettrons bien 4 jours pour rejoindre Delta Jonction.
Il n’est pas très difficile de trouver un endroit où planter la tente en Alaska, mais le mieux reste toujours le bord des rivières. Un soir alors que nous arrivons près d’un pont nous pensons avoir fini notre journée et planter la tente sur une ancienne aire de repos au bord de la rivière, mais en faisant le tour des environs nous découvront une carcasse de caribou. Nous ne restons pas là, l’endroit est trop dangereux, l’odeur peut attirer les ours. Nous traversons le pont et trouvons un endroit de l’autre côté de la rivière. Trois gros camping cars sont déjà installés, nous plantons la tente pas très loin. Le lendemain matin nous faisons connaissance avec les propriétaires, des gens qui viennent d’Arizona pour passer l’été dans le nord, ils nous fournirons suffisamment d’eau pour la journée.

A une vingtaine de kilomètres avant la ville, nous nous arrêtons visiter une ancienne roadhouse, ancien lieu de ravitaillement pour les voyageurs à l’époque de la ruée vers l’or. Nous y rencontrons Gilles et Janet, 2 Australiens qui voyagent avec leur 4X4 aménagé qu’ils ont fait venir directement d’Australie. Ils vont aussi jusqu’en Amérique du Sud. Nous discutons un moment avec eux et ils nous offrent de partager leur lunch. Au moment de repartir un couple de Delta Jonction se joint à nous. Après leur avoir raconté notre voyage ils nous proposent de nous héberger pour la nuit. Que de belles rencontres lors d’un arrêt qui devait durée une dizaine de minutes.
Ed et Becky habitent à une petite dizaine de kilomètres de Delta Jonction. On se donne rendez vous dans 2 heures devant le supermarché de la ville, Éd viendra nous chercher avec son pickup pour nous amener chez lui. On aura droit à un bon souper, un bon lit et un bon petit déjeuner.
On en revient toujours pas de la générosité des gens que l’on rencontre, sans nous connaître ils nous ouvrent leur porte comme si on faisait parti de la famille.
Le lendemain Ed nous ramène devant le supermarché où il nous avez pris la veille, nous faisons les courses pour un autre 180 km jusqu’à la prochaine ville.
C’est ici que fini l’Alaska Highway, la route qui relie Dawson Creek en Colombie Britanique au Canada et Delta Jonction en Alaska. Longue de presque 2300 km elle fût construite en un temps record pendant la seconde guerre mondiale pour former un lien terrestre vers l’Alaska.

Alaska hwy

Pour nous c’est ici qu’elle débute, nous la suivrons jusqu’au bout, sauf pendant mille kilomètres lors de notre détour vers Dawson City. C’est aussi l’endroit où nous rencontrons notre premier voyageur à velo, Luc, un français qui est parti d’Argentine, il y a seulement six mois et demi, toute une performance.
L’Alaska highway n’est vraiment pas très fréquentée à cette période de l’année, encore moins que les autres routes, c’est dire qu’il n’y a vraiment pas grand monde. Nous faisons les 180 km jusqu’à Tok en seulement 3 jours. Nous battons même notre record de distance le troisième jour, 84 km et nous arrivons en ville à 21h, épuisés de notre journée. Il n’y a pas grand chose à Tok, quelques campings, un bureau d’information touristique très bien fait, une station service et un petit supermarché. Nous restons 2 jours pour nous reposer, nous savons que ce qui nous attend ne sera pas de tout repos. Nous allons sortir des grosses routes pour rejoindre Dawson City en empreintant la Top Of The World Highway (la route du toit du monde), route réputée pour sa beauté mais aussi pour sa difficulté. Elle suit la ligne de crête pendant une centaine de kilomètres, d’où sont nom.

Environ 300 km séparent Tok de Dawson. Entre les deux rien, juste de la montagne, le minuscule village de Chicken où nous savons qu’il n’y a pas d’épicerie, et la frontière canadienne.
Nous achetons pour 8 jours de nourriture, nos sacoches sont pleines à craquer. Après Tok nous continuons sur une vingtaine de kilomètres sur l’Alaska Highway avant de bifurquer à gauche sur la Taylor Highway. La route se met aussitôt à grimper, nous nous arrêtons 1 km plus loin pour la pause repas. C’est là que nous rencontrons Sandra et Tony, une américaine et un anglais. Lui est parti de San Francisco et elle de Fairbanks. Nous mangeons ensemble et repartons un peu avant eux. Ils nous rattraperont rapidement à la fin de la montée et faisont une longue descente ensemble avant de les voir disparaître dans la côte suivante. Notre lourd chargement ne nous permet pas de les suivre.

Après trois jours de montées et de descentes nous arrivons à Chicken où nous retrouvons Sandra et Tony. Ils sont là depuis déjà 2 jours pour assister au Chickenstock, le festival de musique de Chicken. Le petit village construit du temps de la ruée vers l’or ne se compose plus que d’une station service, d’un camping, d’un café, d’un bar et d’un magasin de souvenir. Il y a du monde partout et nous essayons de trouver un endroit où planter notre tente parmis toute cette agitation.

La nuit fût courte entre la musique et les fêtard, il y aura du bruit jusqu’à 7h du matin. Pour nous remettre de tout ça nous prenons un copieux petit déjeuner au café. La dame du café, sachant que nous voyageons en vélo, nous offre 2 énormes parts de brioche à la cannelle qu’elle fait elle même tous les matins. Nous repartons le ventre plein.
C’est ici que se fini la route goudronnée, le reste sera en terre. La piste est en très bonne état et nous avançons presque comme sur de l’asphalte, si ce n’est quelques endroits avec un peu plus de pierres mais ça ne dure jamais très longtemps.
La région regorge encore de mine d’or active et on nous déconseille de prendre de l’eau dans certaines rivières même en la filtrant à cause des produits chimiques qu’ils utilisent, notamment le cyanure. Il n’y a pas seulement des mines, nous voyons le long des courts d’eau quelques personnes venues ici pour l’été à la recherche du précieux métal. La ruée vers l’or n’est pas encore fini pour certains.

Nous posons notre tente au pied de la dernière côte de la Taylor highway. A la fin de notre repas nous voyons arriver Sandra et Tony qui sont répartis aujourd’hui aussi mais en début d’après midi et ils nous ont déjà rejoint. On fini de manger avec eux et ils repartent pour faire encore quelques kilomètres, ils veulent se rapprocher le plus possible de la frontière.
La dernière côte nous amène à environ 1000 m d’altitudes, longue de plus de 5 km, le pourcentage est assez élevé à certains endroits pour nous obliger à descendre de vélo et à pousser. C’est au sommet que la jonction pour la Top Of The World se trouve. C’est aussi ici que nous rencontrons Damien, un belge voyageant en stop. Nous discutons un moment avec lui. Pendant ce temps là un pickup de la compagnie des travaux routier de l’Alaska s’arrête à notre hauteur et nous indique que la portion de la route, jusqu’à la frontière, est en travaux et que la piste est recouverte de grosses pierres tranchantes pendant les 15 premiers kilomètres. Ils nous proposent de nous amener jusqu’au bout de la zone de travaux. Nous refusons en disant que nous seront prudent. Nous souhaitons bonne chance à Damien vu le peu de véhicule qui passe dans les environs. Espérons qu’il n’aura pas attendu trop longtemps et pu voir le match de foot de la belgique à la télé. Nous sommes en pleine coupe du monde de football et à chaque fois que nous croisont un européen il nous en parle. Ce n’est pas en Alaska que cela les intéresse.

Le début de la Top Of The World Highway est en descente, ce qui commence plutôt bien, et nous fait dire que nous avons eu raison de refuser le lift. Nous changerons d’avis rapidement lorsque nous commençons à rouler sur les fameuses grosses pierres. Les employés de la compagnie de travaux avaient raison, elles sont non seulement énormes mais on pourrait aussi croire qu’elles ont été taillé pour découper nos pneus. Nous descendont vite des vélos et poussont encore. Jusqu’à maintenant nous avons dû plus marcher que pédaler aujourd’hui. Heureusement cela ne dure pas 15 km mais pas loin de 5. Après ça la route s’améliore petit à petit. Nous prenons notre lunch tard et décidons de continuer malgré les nuages menaçant et une côte assez raide qui se rapprochent. La frontière n’est plus très loin, cela nous motive. Mais la pente est encore trop inclinée et nous poussont une nouvelle fois. Vers la fin de l’ascension nous entendons une voiture klaxonner avec insistance dernière nous. C’est Gilles et Janet, nos 2 australiens, ils nous ont déjà rattrapé, nous sommes heureux de les revoir et discutons un peu avec eux, ils nous offrent quelques fruits et repartent pour Dawson où nous espérons les revoir.

La fin de la journée approche et nous hésitons, est ce que nous passons la frontière ce soir ou nous attendons demain matin pour pouvoir y faire le plein d’eau pour la journée? Finalement l’envie de passer notre première frontière du voyage est la plus forte. Nous demanderons au douanier de nous remplir notre deuxième poche d’eau de 4 L, ce qu’il fera volontiers. Après lui avoir demandé quelques informations sur le reste de la route nous repartons et nous voilà au Canada, dans le territoire du Yukon.

Yukon

La frontière n’est pas bien grande, un bâtiment en commun pour le douanier canadien et le douanier américain et chacun une petite maison pour se loger. C’est le point de passage le plus au nord entre les deux pays. Elle se trouve à 1250 m d’altitude et on peu dire qu’elle est vraiment au milieu de nulle part. Elle est ouverte seulement la journée et uniquement en été.
De là nous continuons à grimper un peu et atteignons le point culminant de la Top Of The World à 1339 m d’altitude. La vue y est magnifique.

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Nous descendons un petit peu et trouvons un endroit où planter la tente. Qui eut cru que nous arriverions jusque là aujourd’hui après avoir autant pousser. Nous sommes fatigués mais bien content d’avoir réussi.
Le lendemain matin le ciel est gris. Nous continuons à descendre un peu puis la route redevient vallonnée, nous restons toujours entre 1000 et 1200 m d’altitude. A cette altitude, la neige est encore bien présente le long de la piste.

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Le vent se met à souffler subitement, ce qui fait chuter la température. Peu de temps après, il commence à pleuvoir, nous sommes vite gelés même avec nos vêtement de pluie. Nous montons la bâche pour avoir un petit abris le temps de notre lunch. Mais rester immobile est vite désagréable, il fait trop froid. Nous décidons de planter la tente dès que nous trouverons un endroit approprié. Quelques kilomètres plus loin nous nous arrêtons pour de bon et montons la tente rapidement pour nous mettre à l’abris. Nous transférons Kayla de sa remorque à la tente, elle restera au sec tout le long. Une fois dans nos duvets, nous restons transi encore un long moment. La pluie cesse en soirée, ce qui nous permet de manger dehors. Le ciel est parsemé de nuages tous plus noir les uns que les autres et le tonnerre gronde au loin. Au moins nous échapperons à l’orage. Nous nous couchons en nous disant qu’au moins ça ne pourra pas être pire demain.

Malheureusement ça peut toujours être pire et ça le sera. Il a plu toute la nuit. Au matin, il ne pleut plus, il neige. Il fait 2 degrés et le vent soufle encore plus fort que la veille. Nous avons deux choix, soit reprendre la route ou rester là le temps que ça s’améliore, s’en savoir combien de temps cela peut prendre. Nos réserves de nourriture ont bien diminué et nous n’avons pas assez d’eau pour tenir une autre nuit. Nous décidons de repartir et d’essayer de rejoindre Dawson ce soir. Nous comprenons vite que nous n’y arriverons pas, la piste c’est transformé en boue et est très glissante. Nous ne pouvons pas prendre de vitesse même dans les descentes et sommes obligés de pousser dés que la route commence à grimper.
Même avec l’effort nous sommes gelés jusqu’aux os. C’en est trop, nous prenons la decision d’arreter une voiture pour nous emmener jusqu’à Dawson. Le seul problème est qu’avec ce temps presque personne n’a pris la route. Les rares voitures que nous voyons sont trop petites pour embarquer nos deux vélos et la remorque. Nous continuons et nous nous arrêtons dès que nous voyons des phares dans nos rétroviseurs. Au bout d’un long moment un gros pickup arrive, nous sommes au milieu de la route et lui faisons signe de s’arrêter. Mike et Kim proposent de nous prendre avant même qu’on ait le temps de leur demander. Lorsque nous sortons Kayla de son chariot nous constatons qu’elle est au chaud et au sec, nous sommes soulagés. Le temps de charger tout notre équipement à l’arrière du pickup, nous partons bien à l’abris et faisons les 40 derniers kilomètres très rapidement. Nous remercions nos bons samaritains du jour et allons nous réchauffer quelques instants à l’office du tourisme. Il est déjà 16h et nous n’avons toujours rien mangé depuis ce matin, le premier restaurant que nous voyons fera l’affaire. C’est seulement arrivé au camping que nous constatons l’étendu des dégats, le vélo de Marie n’a plus du tout de freins et tout est recouvert de boue, nous ne voyons même plus à l’intérieur de la remorque.

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Nous avons besoin de faire un bon nettoyage. Nous partons à la recherche d’un jet d’eau. John, le propriétaire d’un gros motorisé, accepte que nous utilisions le sien. Lui et sa femme Nancy nous inviterons même dans leur énorme bus pour boire un verre de vin. A l’intérieur, on se croirait dans une maison tellement tout est spacieux. Ils passent 9 mois par année à voyager, c’est comme leur résidence secondaire. Leurs deux chiens feront la joie de Kayla. Nous repartirons même avec de quoi manger pour la fin de la soirée.

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10 Réponses à La première frontière

  1. Carl Verret dit :

    WOW ! Vraiment intéressant de vous suivre…. Vous êtes fait forts ! J’ai déjà hâte au prochain article !!

  2. Nicole et Richard dit :

    Contenté de vous lire. Très intéressant. J’ai hâte à la suite.nous vous suivons pas à pas i will do m’y job very soon bisous

  3. Jérôme dit :

    excellent, content de vous lire!

  4. Sylvie, Alain et Élodie dit :

    C’est vraiment super. Vous faites de belles rencontres. Nous aimons beaucoup suivre votre parcours et vos aventures. Nous sommes contents d’avoir de vos nouvelles.

    Bonne route! xxx

  5. Priscilla dit :

    Bonjour à vous trois. Je suis contente de lire vos nouvelles. C’est un bel apprentissage. Vous faites des rencontres fabuleuses et nous constatons avec vous la solidarité qui se déploit autour de votre parcours, de façon naturelle. Votre cheminement be doit pas être facile tous les jours. Je vous félicite de votre endurance et de votre force qui doivent vous unir encore plus chaque jour. Bravo à vous.
    J’aurais plaisir à vous lire à vous lire bientôt. Bonne continuation. Restez solides et prudents.
    Bises chaleureuses à vous 3.

  6. Lise et Claude dit :

    Quelle chance, quel courage et quelles belles aventures!!!!
    Kayla est resplendissante!
    Nous vous souhaitons que du bien.
    Bisous à vous trois.

  7. Martin,Constance, Édouard et Justine dit :

    Wow… toute une aventure. Bravo pour votre ténacité ! C’est très intéressant de vous lire. Justine aime bien voir les nouvelles photos de sa cousine !

  8. lise cyrenne dit :

    Je suis bien contente de pouvoir suivre votre aventure, cela se lit comme un livre alors j’ai bien hàte à la suite bisous à vous trois xxxxxxxxxx

  9. Lise (Ste-Agathe-des-Monts) dit :

    Je vous suis bien régulièrement. Je vous trouve bien courageux et vous souhaite bonne chance dans la poursuite de votre route. Vos photos sont très belles. Bien mignonne votre petite Kayla ! Bonne route vers les parcs nationaux américains.

  10. Nicole G. de Québec dit :

    Je viens tout juste d’entendre parler de votre périple et de lire votre blog…je vous trouve tellement merveilleux de faire ce voyage avec votre bébé, moi qui ai toujours voulu faire ce genre de voyage….mais j’en fait d’autres autrement, étant une dame du début soixantaine, vivant dans son motorisé à l’année et voyageant aux USA l’hiver venu…donc bonne route et gardez nous au courant régulièrement de votre voyage et si je vous croise quelque part aux USA, il me fera plaisir de vous dépanner si tel est le cas…

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