Déjà 6 mois au Mexique


En partant d’Oaxaca, notre prochain objectif est Mitla une ville toute proche. Nous nous y arrêtons pour deux raisons, le site archéologique de Mitla et le parc naturel Hierbe del Agua. Nous nous rendons la première journée en transport collectif (en camioneta) 14 km plus loin à l’entrée du parc naturel. Nous sommes contents de ne pas le faire en vélo car ça grimpe de 600 m d’altitude en peu de kilomètres. Les attraits de ce parc sont les cascades d’eau pétrifiées, les bassins d’eau où nous pouvons nous baigner et la vue époustouflante que nous avons en sillonnant les petits chemins de randonnées. Kayla est impatiente de se baigner et s’en donne à cœur joie en chantonnant.

Parque natural Hierbe del Agua

Sur le chemin du retour, nous sommes à l’arrière de la camioneta (un pickup up aménagé avec des bancs, pas très sécuritaire) lorsqu’il se met à pleuvoir très fort. Malgré une bâche nous protégeant des intempéries, nous sommes trempés. Il nous laisse à environ un kilomètre de notre hôtel. La pluie faisant encore des siennes nous prenons un tuc tuc (une mototaxi, un moyen de transport très économique, environ 10 pesos (0,85$ canadien, 50 centimes d’euro).

Tuck Tuck, transport local

Nous enfilons des vêtements secs et commençons à préparer le repas. Nous avons l’habitude dans les hôtels de cuisiner le repas du soir sur notre réchaud, à l’extérieur de la chambre car il s’agit d’un réchaud à essence.

C’est à ce moment-là que notre voisin de chambre, en nous entendant parler français, sort pour faire notre connaissance. Sylvain, un québécois voyageant à vélo, est parti de chez lui et va au Honduras. Nous discutons un long moment avec lui. Il se dirige tout comme nous vers San Cristobal de las Casas car il y attend son fils qui passera une semaine avec lui. Nous comprenons son excitation après plusieurs mois sur la route, revoir sa famille même pour peu de temps fait du bien.

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Le lendemain, nous lui disons au revoir et nous nous donnons rendez-vous à San Cristobal de las Casas. Nous visitons la ville de Mitla et son site archéologique. D’autres pyramides Zapotèques, plus petites que Monte Alban mais tout de même agréables à visiter.

Sylvain, ayant une journée d’avance sur nous, nous informe de l’état de la route et des endroits où dormir en chemin, cela nous outille et nous aide à planifier notre route. Il fait de plus en plus chaud et rouler sous la chaleur est parfois un défi autant pour trouver des endroits à l’ombre pour les pauses que pour s’hydrater suffisamment. Arrivé à Tehuantepec, nous dégotons un hôtel avec des chambres climatisées. La ville est à 50 m d’altitude. Ça fait plusieurs mois que nous sommes dans les montagnes et nous ne sommes pas habitués à la chaleur accablante qu’il fait ici.

Il n’y a rien à visiter et sortons de notre chambre uniquement pour acheter quelque chose à manger au marché.

Le temps file, il ne nous reste plus que 2 semaines avant la fin de notre visa, et sommes encore assez loin de la frontière, nous devons accélérer. Nous prenons donc un autre bus jusqu’à Tuxla Gutierrez. La route principale qu’emprunte le bus normalement est fermée pour cause de manifestation. Qu’à cela ne tienne, le chauffeur décide de prendre un détour par des petites routes en terre assez cahoteuses. Kayla est étrangement assez tranquille depuis qu’on se fait secouer dans tous les sens, et d’un coup se met à vomir sur Marie. Nous changeons Kayla et nettoyons les dégâts le mieux que nous pouvons avec des lingettes. Marie quant à elle est condamnée à passer 6h avec des vêtements souillés. En chemin, nous voyons l’affiche indiquant que nous sommes à présent au Chiapas, le dernier état au Mexique avant de passer au Guatemala. Nous doublons aussi Sylvain qui a fait tout le chemin en vélo. Une fois arrivés à Tuxla Gutierrez, la capitale de l’état, nous restons quelques jours sur place. Nous trouvons une auberge de jeunesse pas trop chère et donnons l’adresse à Sylvain pour qu’il puisse nous y rejoindre le lendemain.

Nous ne restons pas souvent dans des auberges de jeunesse car dormir en dortoir avec Kayla n’est pas très évident. Elle se réveille encore souvent la nuit et nous ne voulons pas déranger les autres clients. Et les chambres privées y sont plus chères que dans un hôtel. Mais cette fois le propriétaire très gentil nous réserve un dortoir juste pour nous et nous ne payons pas plus cher que si nous le partagions.

De plus Kayla est parfois très excitée de rester à l’intérieur, il faut lui trouver de quoi s’occuper. Quand ça ne suffit pas on l’amène se promener pour dépenser son trop plein d’énergie.

C’est lors d’une de ces promenades proche de l’auberge que Marie aperçoit une sorte de cantine solidaire pour les enfants travaillant dans la rue. Curieuses, elles vont voir en quoi cela consiste. Au bout d’un moment Karl arrive inquiet de ne pas les voir revenir à l’auberge. Elles sont en train de discuter avec un des travailleurs qui leur explique la mission de cet organisme non gouvernemental. Outre fournir un repas aux enfants tous les jours, ils offrent des cours d’alphabétisation et des programme psychosociaux.

Nous trouvons cette initiative très intéressante et on en profite pour leur demander si on peut venir filmer pendant que les enfants sont présents et aussi faire une petite entrevue, ce qu’il accepte en espérant que cela puisse sensibiliser les gens à la cause des enfants du Chiapas. En effet plus de 70% des enfants au Chiapas vivent sous le seuil de la pauvreté et doivent travailler pour aider leur famille à survivre.

Comedor Solidario "Manos Amigas"

Nous revenons donc deux jours plus tard avec Sylvain qui parle couramment espagnol, cela nous aide à faire l’entrevue et poser les bonnes questions. Nous passons l’après-midi là-bas et Kayla à même droit à un repas, elle ne demande rien de mieux.

Comedor Solidario "Manos Amigas"

Il y a environ 60 km entre Tuxla et San Cristobal de las Casas mais la route a plus de 2000 m de dénivelé. Karl a bien envie de la faire en vélo avec Sylvain (car Marie ne veut pas) mais ce dernier décide de prendre le bus avec nous jusqu’à San Cristobal de las casas. Nous y arrivons en une heure. Nous ne passons pas inaperçu dans la ville avec Sylvain à nos côtés. Nous nous arrêtons dans le centre pour manger un peu avant de nous diriger vers notre auberge de jeunesse, où cette fois nous partageons un dortoir avec Sylvain et son fils, Maximilien, qui arrive le lendemain.

Nous prenons en leur compagnie un minibus pour passer la journée à Chacula, une ville tzotzil. Il y a deux ethnies Maya dans les environs de San Cristobal, les Tzotzils et les Tzeltals. On peut notamment les identifier grâce à leurs habits traditionnels (jupe en laine à poil pour les uns et jupe en laine noire lisse pour les autres) et ils parlent chacun des langues différentes.

Dans le minibus, nous sommes les seuls touristes en compagnie de femmes Tzotzils et de leurs enfants. Nous sommes entassés comme des sardines et le chauffeur roule vite. Nous nous sentons observer par les enfants. La seule attraction de ce village outre son marché est son église. Vue de l’extérieur rien ne laisse présager qu’elle n’est pas comme les autres. Nous devons payer l’entrée 20 pesos et on nous avertit qu’il est interdit de filmer ou de prendre des photos à l’intérieur. Nous constatons que l’église a été vidée de ses bancs et qu’une couche d’épines de pin couvre le sol. Les croyants sont assis en tailleur au sol devant de petites bougies allumées. Kayla semble se demander où sont les bancs, elle qui d’habitude aime les églises juste pour pouvoir s’y asseoir. Elle semble aussi fascinée d’entendre les incantations chamanique, ça ressemble à de longues tirades chantées à voix basse. Depuis la nuit des temps, il est de coutume de boire une boisson pétillante pendant les prières afin de roter et d’ainsi extraire le mal de leur corps. Mais avec l’ère moderne la boisson est devenue du Coca-Cola. Tous les fidèles ont leur bouteille à côté d’eux et prennent quelques gorgées de temps à autres.

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Cette « tradition moderne » n’est pas surprenante quand on sait que le Mexique est devenu le premier pays consommateur de Coca-Cola au monde. Les mexicains en consomment dès le petit-déjeuner et pendant toute la journée. Il n’est pas rare de voir des enfants de moins d’un an en boire. Le Mexique est aussi devenu le champion de l’obésité infantile. Il y a-t-il un lien entre les deux?

Notre visa mexicain de 6 mois arrive à échéance. Ne pouvant pas le renouveler nous devons sortir du pays et rentrer de nouveau pour obtenir une nouvelle carte touristique de 6 mois. Plusieurs voyageurs l’ont fait, selon nos recherches sur internet. La frontière se trouve dans la ville de Cuauhtémoc à 2h30 de bus de San Cristobal. Nous décidons donc de laisser nos affaires à l’auberge de jeunesse et de prendre l’autobus pour la frontière et de revenir dans la même journée. Arrivés à la douane nous devons rendre notre carte touristique et obtenir un tampon de sortie puis aller côté guatémaltèque pour faire tamponner nos passeports. Le douanier mexicain, après nous avoir pris notre carte touristique et tamponné notre passeport, nous affiche la couleur. Il nous dit qu’il faut rester au moins 3 jours au Guatemala pour pouvoir obtenir une nouvelle carte touristique mais que si nous lui donnons 800 pesos (environ 65$ cdn soit presque 200$ pour toute la famille) nous n’aurons même pas besoin de passer la frontière et il nous fera un nouveau visa. Payer des bakchichs n’est pas trop notre truc, surtout aussi élevé, nous refusons donc. Nous essayons tout de même de passer au Guatemala pour obtenir un tampon d’entrée. Le poste frontalier se trouve à 4 km de là, dans la ville frontalière très agitée de La Mesila. Le douanier dit la même chose nous devons passer 3 jours au Guatemala ou payer. Nous revenons donc au Mexique bredouille, on retourne à San Cristobal sans carte touristique et avec un tampon de sortie du Mexique, autrement dit nous sommes maintenant illégaux. Nous n’avons donc plus à nous presser de sortir du pays. On se débrouillera bien le moment venu…

A San Cristobal de las Casas nous restons à l’auberge de jeunesse Caracole. C’est un endroit parfait pour Kayla. Elle est amie avec pas mal tous les occupants et passe beaucoup de temps à jouer avec eux. Elle aura même la chance de jouer avec un enfant dans l’immense jardin de l’hostel. Malgré la différence de langage, ils arriveront à jouer ensemble tout en se comprenant.

Kayla et son ami du jour

Nous ne comptions pas rester très longtemps à San Cristobal mais la ville coloniale nous a charmés. Il y fait bon vivre, la ville est accueillante et le climat doux. C’est donc au bout de deux semaines et demie que nous repartons.

Tous les habitants de l’auberge viennent nous dire au revoir et prennent des photos avec Kayla. C’est avec émotion que nous les quittons.

4 Réponses à Déjà 6 mois au Mexique

  1. Sylvain dit :

    Merci de me faire revivre de beaux souvenirs de mon périple. De bons moments en votre compagnie qui sont gravés dans ma mémoire! 🙂

  2. ELISABETH Gladys dit :

    Vos mots sont un petit brin de chaleur d’humanité et de chaleur après les attentats sur Paris. C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai lu votre récit ! Bisous mes amours :p

  3. André dit :

    Cette « tradition moderne » n’est pas surprenante quand on sait que le Mexique est devenu le premier pays consommateur de Coca-Cola au monde. Les mexicains en consomment dès le petit-déjeuner et pendant toute la journée. Il n’est pas rare de voir des enfants de moins d’un an en boire. Le Mexique est aussi devenu le champion de l’obésité infantile. Il y a-t-il un lien entre les deux?

    Réponse: bien sûr! Tout comme ici on boit trop de jus de fruit hyper sucré.Jus d’orange et coca-cola: à bannir.

  4. Tiphanya dit :

    C’est un plaisir de revenir vous lire. A suivre la page facebook, je viens beaucoup moins ici. Mais les photos sont bels et le récit donne envie de lire la suite.

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