Comme des Robinsons Crusoé


Nous repartons de Guerero Negro en direction de l’est pour traverser une nouvelle fois la péninsule. Cette fois pas de montagnes à franchir, la route est à peu près plate jusqu’à San Ignacio. Nous passons notre sixième barrage militaire depuis notre arrivée au Mexique. Lorsque nous arrivons à la hauteur du contrôle routier, les soldats se rassemblent de notre côté de la route pour voir notre convoi. Certains curieux nous posent des questions, d’autres ne font que nous regarder et nous disent de passer. Rien de bien compliqué en somme.

Après plusieurs jours dans le désert, profiter de la douche de la nouvelle Casa del cyclista est salvateur. En effet, Othon, Sugey et leur fils accueillent des cyclo voyageurs dans leur camping depuis seulement 3 mois. Nous rencontrons ici d’autres cyclotouristes de passage, dont Carl, partis de Buffalo aux Etats-Unis et allant comme nous vers le sud. Nous y faisons notre lavage, épicerie (courses) et visitons la ville. San Ignacio est installée dans une palmeraie, voir de l’eau et des palmiers en plein milieu de désert nous change. La ville a plus de charme que les autres croisées depuis le début du Mexique. Avec sa place centrale ombragée et sa mission, on pourrait presque se croire en Europe.

Mission San Ignacio

Quelques jours avant notre arrivée à San Ignacio, Kayla démontrait un intérêt pour l’arrêt des couches. En effet, elle nous mentionnait lorsqu’elle voulait aller sur le pot avant de faire dans sa couche. Lors des pauses, après avoir été sur le pot nous lui mettions des culottes. Nous la laissions en couche dans la remorque lors de nos déplacements. Cependant depuis San Ignacio, Kayla ne porte plus de couche le jour. Notre fille devient de plus en plus autonome. Mine de rien, nous ressentons l’économie d’argent et de place dans la remorque.

Déjà plus d’un mois passé en Baja California, il nous en reste 5 avant de devoir quitter le Mexique. Si nous voulons avoir le temps de profiter de ce pays nous devons essayer d’augmenter la cadence. Nous quittons donc nos amis Isabelle, Guillaume, Béatrice, Norah et Laurent après quelques jours de repos bien mérité pour nous remettre d’une bonne grippe que nous traînons depuis quelques temps. Les jours suivants seront tout de même difficiles car tous les membres de la famille seront malades les uns après les autres. Finalement notre cadence n’augmentera pas tant que ça.

Un jour, alors que nous discutions avec un couple de français voyageant en voiture aménagée sur la route des Amériques, nous voyons Carl arriver. Nous disons au revoir à Lise et Laurent, les Français et prenons notre dîner (déjeuner) avec Carl avant de reprendre la route vers Loreto avec lui.

Notre compagnon de voyage

Loreto est une grande ville et nous semble plus agréable que Ensenada et surtout plus propre. Beaucoup d’Américains y habitent ce qui fait augmenter les prix des campings, de la nourriture, des hôtels et de l’immobilier. Nous voyons beaucoup de terrains hors de prix à vendre en cherchant notre camping. Cela n’empêche pas de voir de grandes villas au bord de la plage.

Juste avant d’arrivée à Loreto, une voiture nous avait arrêtés et nous avait informés qu’il y a un camping où restent d’autres cyclotouristes. Nous nous y installons et faisons connaissance avec eux. Ces voyageurs sont de tous horizons et certains y sont depuis 2 mois. Un couple de Canadiens voyageant eux aussi en vélo du sud vers le nord nous racontent comment ils sont arrivés jusqu’ici. Ils ont quittés la route principale pour prendre une petite route vers Agua Verde, un village de pêcheurs où ils ont trouvé un bateau pour se rendre vers un autre village, une centaine de kilomètres plus loin car il n’y a pas de route entre les deux. Cela nous intéresse beaucoup, ça nous ferait éviter un tronçon de route inintéressant et ayant plus de circulation. Cette idée nous enchante, nous ne sommes pas les seuls, Carl décide de tenter sa chance avec nous.

Nous partons donc de Loreto tous les quatre. Après une nuit sur une plage et une longue montée le lendemain, nous quittons la seule route asphaltée de Baja pour prendre une piste qui nous amènera dans le petit village d’Agua Verde.
Il nous faudra 2 jours pour faire les 30 kilomètres de piste. Nous retrouvons la côte après avoir descendu ce que nous avions monté la veille. Cette descente nous demandera beaucoup d’attention tant elle est abrupte et cahoteuse. Nous passerons la majorité du temps les mains sur les freins. Mais malgré tout ça le paysage est magnifique. Lorsque nous arrivons à Agua Verde, Kayla est heureuse de sortir de sa remorque, elle nous attend avec son sceau et sa pelle dans les mains.

En route vers Agua Verde

Nous nous mettons tout de suite à la recherche d’un bateau, mais nous nous rendons vite compte que trouver un bateau de pêche sera hors de notre budget vu le prix exorbitant que les pêcheurs nous demandent. Il nous est impossible de refaire la piste dans l’autre sens, la côte est bien trop pentue. Notre seule solution est de demander aux quelques plaisanciers, qui ancrent dans la baie en face de la plage où nous nous sommes installés, s’ils peuvent nous aider.

Comme des Robinson Crusoé

Nous rencontrons rapidement Eric et Pam, un couple d’américain, avec un petit voilier qui vont vers le sud. Ils acceptent de nous prendre à bord, mais pas avant 2 semaines. Ca va être long, rester tout ce temps sur une plage perdue au milieu de nulle part. Les jours suivant, nous continuons tout de même nos recherches des fois qu’un autre bateau partirait plus tôt.
Eric et Pam nous ont prêté un mini kayak gonflable qui nous permet de nous rendre jusqu’aux voiliers et faire du « bateau stop ». Nous y rencontrerons beaucoup de gens tous aussi gentils les uns que les autres. Malheureusement peu d’entre eux vont vers le sud à cette époque de l’année.

On fait du bateau-stop

Nos recherches au fil des jours s’avèrent infructueuses. Les journées passent tout de même rapidement, entre faire du feu pour préparer les repas, faire la sieste, se baigner et discuter avec les plaisanciers. Nous sommes pas mal occupés et avons plutôt une belle vie quand on y pense… Kayla est aux anges, elle passe ses journée au bord de l’eau à jouer dans le sable et dans l’eau.

Kayla se fait un ami à la plage

Au bout de 5 jours Eric et Pam nous annoncent une bonne nouvelle, ils ont décidé de partir une semaine plus tôt. Il faut que nous soyons prêts à prendre la mer dans 2 jours. Nous auront passé une excellente semaine à jouer les Robinson Crusoé sur ce que nous appelons désormais « notre plage ».

Il nous faudra plusieurs allers-retours en Zodiac pour charger tout notre stock sur le bateau. Nous levons l’ancre tout de même assez tôt pour 2 jours de navigation. Le vent quasi nul nous obligera à tout faire avec le moteur. Nous aurons même la chance de voir des dauphins de très près. Nous nous arrêtons le premier soir sur une plage déserte où nous montons les tentes pour la nuit. Eric et Pam ont péché du poisson et on acheté quelques langoustes aux pêcheurs, nous nous faisons un festin pour le souper.
La deuxième journée le vent du sud nous ralentit et arrivons assez tard à San Évaristo où, le temps de tout débarquer, nous remontons les tentes sur la plage. Malgré le peu d’espace qu’il y avait pour bouger sur un bateau de cette taille, Kayla aura été très calme et a l’air d’avoir apprécié ce nouveau mode de locomotion. Passer 2 jours sur un voilier aura été une très bonne expérience, surtout en aussi bonne compagnie. Merci beaucoup Eric et Pam pour cette belle aventure.

Le voilier d'Eric et Pam

Il est temps de reprendre les vélos. Direction La Paz qui est encore à 130 km. La piste, en quittant San Evaristo, est en très mauvaise état. Nous sommes obligés de pousser une bonne partie de la journée. Dans la matinée, Marie tombe en poussant la remorque et se blesse au genou, elle a du mal à avancer mais parviendra quand même au bout de sa journée. Il commence à se faire tard et n’avons fait que 13 km. A ce rythme-là nous risquons de ne pas avoir assez d’eau pour nous rendre au prochain village.

Piste de San Evaristo

Heureusement, comme c’est souvent le cas dans ces moments-là, des bons samaritains apparaissent de nulle part et nous proposent de nous amener jusqu’au village. Nous sommes exténués et c’est avec grand plaisir que nous acceptons. Ce bout de piste que nous faisons en voiture est encore pire que le précédent. Nous aurions vraiment eu des problèmes d’eau si nous n’avions pas rencontré Maria Dolores et Ramiro, ce couple de mexicains, qui en plus de nous avoir emmené jusqu’au début de la route goudronnée nous offrent à manger et une somme d’argent non négligeable pour Kayla. Décidément la chance est encore avec nous. Le lendemain nous n’avons plus qu’une quarantaine de kilomètres à faire pour nous rendre à La Paz sur une belle route goudronnée. Malgré le genou de Marie encore douloureux nous y arrivons dans l’après midi.

4 Réponses à Comme des Robinsons Crusoé

  1. Alexandre St-Laurent dit :

    « …ce couple de mexicains, qui en plus de nous avoir emmené jusqu’au début de la route goudronnée nous offrent à manger et une somme d’argent non négligeable pour Kayla. »

    Ils voulaient acheter Kayla?! 😉

  2. Priscilla dit :

    wOW! Quelles aventures! votre voyage est de plus en plus extraordinaire! Le bâteau-stop rajoute de la variété.
    Vous assurez. Bravo. La photo de Kayla sur la plage avec un autre enfant est tout simplement splendide!
    C’est super de vous lire. J’espère que le genou de Marie va mieux. Mille pensées d’accompagnement.
    Prisci & Hemma

    • enfant-a-bord dit :

      Mon genou va mieux même s’il est sensible lorsque je le pose par terre. Merci de commenter nos articles, c’est toujours agréable de te lire.

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